[Interview] Sébastien Bourguignon – Les start-ups à l’épreuve des réseaux sociaux : quand la recherche d’une bonne E-réputation se transforme en quête du graal

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 Interview de Sébastien Bourguignon par Guillaume Cossu & Morgan Donnette

 

Les start-ups à l’épreuve des réseaux sociaux : quand la recherche d’une bonne E-réputation se transforme en quête du graal

 

Counselution : Nous accueillons aujourd’hui Monsieur Sébastien Bourguignon : bonjour Sébastien, c’est un véritable plaisir que d’échanger avec vous ! Comment allez vous ? Pourriez-vous vous présenter, parler de votre parcours et décrire votre activité en quelques lignes ?

 

Sébastien Bourguignon : Bonjour à vous, c’est avec plaisir aussi que je réponds à vos questions. Concernant mon parcours, j’ai plus de 15 ans d’expérience dans les domaines du digital, des nouvelles technologies, de l’innovation et de l’agilité. J’ai passé la plus grande partie de ma carrière au sein d’un assureur français où j’ai été successivement développeur, puis chef de projet et enfin manager. J’ai travaillé sur des projets aussi variés que la refonte et la création de sites internet et d’applications mobiles, la mise en place de CRM ou encore la transformation agile de l’entreprise. Depuis le début de l’année, j’ai rejoint un cabinet de conseil IT au sein duquel je suis manager et où j’accompagne mes clients en banque et assurance dans leur transformation digitale.

 

C : Vous êtes fondateur du site http://sebastienbourguignon.com/ où vous traitez de sujets aussi variés que les start-ups, le monde digital, les médias, … Mais d’une manière qui se veut particulièrement centrée sur l’actualité de ces matières. D’où cette idée de projet vous est-elle venue ? Et pourquoi avoir choisi ce(s) domaine(s) ?

 

S : En 2013, j’ai repris mes études en part-time à l’Université de Paris Dauphine en Master en Management des Entreprises. À l’époque, je cherchais de l’information sur ce Master, des retours d’expériences mais je ne trouvais rien sur Internet, c’est ce qui m’a motivé à créer mon premier blog http://monmasteradauphine.wordpress.com. Il s’agissait pour moi d’un journal de bord de mon parcours de formation, j’y ai raconté tout ce qui se passait pendant les cours, pendant les périodes de révision, tout cela jusqu’à la remise des diplômes en juin 2015. Cela a été ma première expérience de bloggeur et cela m’a donné le goût de me lancer dans un autre projet.

Ainsi, 6 mois avant la fin de mon Master, j’ai décidé de créer mon deuxième blog http://sebastienbourguignon.com avec l’idée de m’en servir comme d’une vitrine professionnelle, un pur site de personal branding. L’objectif était clair dès le départ, me servir de ce blog pour développer la visibilité nécessaire pour me faire remarquer et changer de job. L’objectif d’ailleurs n’était pas forcément de changer de boîte mais avant tout de progresser professionnellement suite à l’investissement personnel et financier réalisé dans mon Master.

Sur ce deuxième blog, j’ai donc commencé par y partager ma propre curation sur les sujets qui me passionnent (les startups, le numérique, les réseaux sociaux, le management…), autour d’articles que je lisais régulièrement et qui me semblaient intéressants à partager tout en y ajoutant mon avis ou ma synthèse. Ensuite, j’ai commencé à rédiger mes propres articles sur ces thématiques sur différents médias comme Les Echos, le Journal du Net ou Siècle Digital, et je me suis servi de mon blog pour relayer ces contenus.

 

 

C : Une de vos principales catégories, catégorie qui, de par son nombre de vues, semble rencontrer un franc succès, est celle intitulée « Portrait de Startuper ». Pourquoi avoir choisi de réaliser le portrait d’entrepreneurs et de leur start-up ?

 

S : Au bout de 6 mois d’existence du blog, j’ai cherché à développer une rubrique plus personnelle et avec un contenu inédit dédié au blog. J’avais envie à ce moment-là, j’ai d’ailleurs toujours envie J aujourd’hui, de me lancer dans une aventure entrepreneuriale. Les grandes questions que je me posais à propos de ce type de projet étaient très liées aux étapes de la création, aux difficultés rencontrées ou encore à la problématique du financement ou du profil de l’entrepreneur. C’est comme cela que j’ai décidé de lancer #PortraitDeStartuper, le but était de demander du feedback à ceux qui l’avaient déjà fait et de le partager sur mon blog. Je n’aurais jamais pu imaginer le succès de cette rubrique, mais finalement en 18 mois d’existence, j’ai réalisé et partagé 180 portraits, avec un livre blanc au format électronique sortit en novembre 2015 et un livre qui sortira en librairie avant la fin de l’année 2016.

 

C : C’est une chose indéniable aujourd’hui, nous sommes plongés dans un monde hyper-connecté : les différents médias tels que les sites internet révèlent, façonnent et créent l’image d’une société. Quelle est selon vous la place des réseaux sociaux dans ce mécanisme de construction d’une image positive ? Ce rôle est-il voué à évoluer dans les années à venir ?

 

S : Vous avez tout à fait raison ! Le digital révolutionne, entre autres, la manière avec laquelle les entreprises peuvent communiquer et vendre auprès de leurs cibles. Et les réseaux sociaux sont devenus un facteur clé de succès pour développer une nouvelle forme de communication et une proximité avec ses clients et prospects. Les marques les plus avancées ont totalement intégré les réseaux sociaux dans leur stratégie de marketing et de communication, mais il existe encore une frange importante des sociétés qui n’a pas intégré ni compris l’utilisation des réseaux sociaux. Les ETI, les PME et même les startups sont par exemple bien en retard sur leur utilisation de ces plateformes. C’est une vraie carence aujourd’hui pour ces entreprises, elles sont largement désavantagées par rapport à leurs concurrents qui ont intégré Facebook, Twitter et consorts à leur stratégie.

La construction d’une image positive pour une marque passe avant tout par une bonne compréhension des attentes de ses clients et prospects. Comprendre leurs attentes en particulier en termes de contenus, savoir sortir du mode traditionnel et historique de marketing intrusif comme l’outbound marketing (les campagnes de bannières, de mailing de masse, …) pour passer sur une stratégie de content marketing (création de contenu texte, vidéo, infographie, étude…) Finalement, les sociétés doivent exploiter les médias sociaux pour apporter de la valeur à leurs cibles. Tout cela peut être teinté de fun et être décalé, mais l’enjeu est que les clients y trouvent un intérêt et de la valeur.

Les choses doivent évoluer, cela commence déjà a bougé dans certaines structures. Les réseaux sociaux vont servir de plus en plus à la fameuse « marque employeur » en transformant les salariés en ambassadeurs de la marque sur Internet et les réseaux sociaux, pour le recrutement de nouveaux talents mais aussi pour le développement de la notoriété de la marque. Pour cela, le frein à lever est avant tout politique, les salariés doivent non seulement être encouragés à s’exprimer au nom de l’entreprise, mais l’entreprise doit aussi apprendre à lâcher prise sur les messages véhiculés par ses collaborateurs, elle doit accompagner ce changement de paradigme. Demain ce ne sera plus forcément uniquement le PDG ou le directeur de la com’ qui portera la communication de l’entreprise, mais les salariés eux-mêmes. Cela peut impliquer un accompagnement de l’employeur dans les bonnes pratiques de communication, mais celui-ci doit apprendre avant tout à lâcher la bride à ses employés.

 

C : Quels sont les avantages pour une start-up d’avoir une bonne gestion des réseaux sociaux, et, par ce biais, de son « e-reputation » ? Comment accompagnez-vous les entreprises sur cette voie ?

 

S : Les avantages sont nombreux pour une startup à avoir une bonne utilisation des réseaux sociaux. Qu’il s’agisse de trouver les talents dont elle a besoin pour se développer, de communiquer sur ses produits et services ou de vendre, les réseaux sociaux représentent un canal dont les startups ne peuvent pas se passer dans leur quotidien, encore moins celles qui sont nativement digitales. J’ai d’ailleurs écrit un article à ce sujet « Le comble des startups françaises » car je pense qu’elles sont largement en retard par rapport à ce qui se pratique à l’étranger et en particulier aux Etats-Unis. En effet, les startups américaines font une utilisation des réseaux sociaux sans commune mesure avec ce que l’on constate en France. Des business peuvent ainsi se développer à une vitesse ahurissante uniquement grâce à un bonne utilisation d’une plateforme comme Facebook.

J’ai une conviction forte aussi concernant l’utilisation des réseaux sociaux que peut faire le dirigeant d’une startup. Les exemples sont nombreux de startups pour lesquelles le fondateur a su exploiter les médias sociaux pour se faire connaître et faire connaître sa marque, d’ailleurs parfois on connaît mieux le CEO que la marque elle-même. Grâce à ce type de stratégie d’e-reputation, un entrepreneur peut gagner en influence sur son secteur d’activité, et en particulier réaliser du lobbying auprès des régulateurs ou des acteurs importants de son écosystème pour faciliter le développement de son entreprise. À mon sens c’est ce qui peut faire la différence pour une startup pour générer la fameuse traction qu’elles recherchent toutes.

Aujourd’hui, je n’accompagne pas concrètement les entreprises sur la bonne gestion des réseaux sociaux, ou en tout cas je ne le fais que sporadiquement sous forme de conseils et de formation sur l’utilisation qu’elles peuvent faire des réseaux sociaux, en particulier les entrepreneurs.

 

C : Ne pensez-vous pas que les réseaux sociaux peuvent néanmoins représenter un « danger » pour une entreprise, tant une « e-réputation » peut facilement se retrouver réduit à néant pour un malheureux propos ?

 

S : Oui, bien évidemment et les exemples sont légions de marques qui ont généré un bad buzz avec un propos mal sentit ou une tentative de détournement manqué. Si on prend les quelques derniers cas (GIFI, Michel et Augustin ou encore Decathlon) l’image de marque en a pris un coup en l’espace de quelques heures. Ces entreprises ont pourtant de belles histoires par ailleurs à raconter, mais à force de vouloir faire du buzz pour du buzz (GIFI), ou pour un soutien politique mal à propos pour une marque incarnée par ses co-fondateurs (Michel et Augustin) ou bien une publicité mal pensée à tout point de vue (Decathlon), elles ont toutes écorné sérieusement leur image.

 

C : Quelles sont selon vous les réseaux sociaux les plus important pour une start-up, et les différents leviers à enclencher sur ces derniers pour booster la visibilité d’une telle société en devenir ?

 

S : En fonction de la cible de la startup (B2B ou B2C) ou même du type d’activité qu’elle développe, les réseaux sociaux ne seront pas forcément les mêmes.

Commençons par les startups B2B, de manière assez évidente l’utilisation de LinkedIn ou Twitter est un levier important pour toucher une cible de professionnels qui pourront être touchés par les produits et services qu’elles proposent. Certaines plateformes, peuvent aussi avoir du sens même en B2B comme Facebook, Instagram ou Snapshat. En B2C, le plus redoutable reste encore Facebook, la puissance de son modèle publicitaire et de ciblage est incomparable à ce que peuvent proposer les autres réseaux. Encore une fois, comme pour le B2B, dépendant du produit ou service de la startup, Twitter, LinkedIn ou d’autres réseaux peuvent avoir du sens. Bref, il n’y a pas de réponse magique, le meilleur moyen reste de déterminer clairement la cible à laquelle l’on souhaite s’adresser, déterminer où se trouve cette cible, et puis de tester, encore tester et toujours tester.

Le meilleur levier reste quoi qu’il arrive de baser l’utilisation des réseaux sur des techniques d’inbound marketing comme dit un peu plus haut. Apporter de la valeur par du conseil ou du contenu de qualité engagera plus facilement un client. Utiliser aussi les bons outils pour automatiser les tâches les plus fastidieuses et concentrer l’énergie là où il le faut. Enfin, il existe énormément de techniques dites de growth hacking, celles-là même utilisées par les startups US pour se développer très rapidement. Il s’agit de pratiques qui permettent d’exploiter des failles « fonctionnelles » des réseaux sociaux afin de gagner rapidement en visibilité et en notoriété sans pour autant avoir à investir le moindre euro.

 

C : Si vous aviez un conseil, un seul et unique conseil, à donner à un jeune « startuper » pour gérer l’image de sa société fraichement créée sur les réseaux sociaux, quel serait-il ?

 

S : Qu’il se mette individuellement en avant pour porter la marque de son entreprise. Celui-ci doit prendre la parole sur les réseaux sociaux sur les thématiques sous-jacentes au business qu’il porte au sein de sa société. Lui aussi utilisera le content marketing pour se faire connaître et faire connaître sa marque avec un effet bénéfique sur l’influence et la crédibilité qu’il gagnera sur ces sujets. Des exemples emblématiques existent d’entrepreneurs qui se sont forgés une image publique grâce à leurs prises de paroles et leurs contenus sur les réseaux sociaux et dans les médias, je pense en particulier à Marc Simoncini (Meetic), Frédéric Mazzella (BlaBlaCar) ou encore Marc Rougier (Scoop.it). Là aussi les techniques utilisées pour le développement d’une marque peuvent être utilisées pour le développement du personal branding de l’entrepreneur.

 

C : Auriez-vous un dernier mot, une anecdote, une petite histoire à adresser à nos lecteurs avides de vos bons conseils ?

 

S : Et bien, pour reboucler avec mon conseil précédent, lorsque j’ai commencé avec mon premier blog puis que je me suis lancé dans mon deuxième blog, jamais je n’aurais pu imaginer ce qui allait se passer ensuite. Se lancer dans une stratégie de personal branding n’est pas une sinécure, cela prend du temps, cela implique de faire des choix, mais c’est une stratégie gagnante lorsque les objectifs sont clairs. En ce qui me concerne, cela m’a permis de changer de job, et ce changement est directement lié à tout ce que j’avais engagé pendant des mois et en particulier la réalisation de mon livre blanc. Je le dis souvent mais le meilleur moyen de se faire une idée sur tout cela reste encore de l’expérimenter, de se documenter, de se faire accompagner ou de chercher du conseil auprès de ceux qui l’ont déjà fait, et se forger ses propres convictions. Le pire serait de rester enfermé dans des points de vue hors de propos juste par manque d’ouverture d’esprit.

 

C : Merci beaucoup Sébastien de nous avoir accordé cette interview ! Nous vous tiendrons au courant, bien évidemment, si certains de nos lecteurs ont managé leur « e-reputation » différemment suite à cet article ! Au plaisir de travailler de nouveau avec vous !  

 

S : Merci à vous de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer sur ces sujets qui me tiennent à cœur, pour votre accueil et pour la qualité de cette interview J J’espère que vos lecteurs apprécieront.

 


Interview réalisée par Guillaume Cossu et Morgan Donnette, rédacteurs et co-fondateurs de Counselution

 

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