[Interview] Maître d’Onorio di Méo – MaFiscalité.com

Image non disponible
Facebooktwittergoogle_plus

Interview de  Maître d’Onorio di Méo par Guillaume Cossu 

 

Counselution : Bonjour Maître, nous vous remercions d’avoir accepté notre demande d’interview ! Vous êtes donc avocate spécialiste en Droit fiscal, et fondatrice de Mafiscalite.com. Pourriez-vous présenter et nous parler de votre société?

 

Eve d’Onorio di Meo : Bonjour et merci pour cette interview. Je suis en effet Avocat au barreau de Marseille depuis plus de 10 ans et plus récemment tournée vers la transformation numérique de mon métier. Passionnée de fiscalité et d’innovation juridique, j’ai donc cofondé le site MaFiscalité.com. Cette plateforme est la 1ère « Legaltech » d’assistance fiscale en ligne et a pour objet le règlement de petits litiges en matière fiscale et l’assistance à la déclaration fiscale. Particuliers et entreprises peuvent désormais réaliser des démarches fiscales en un clic grâce à des modèles de documents, des simulateurs d’impôts, et un support à la déclaration. Pour aller plus loin, ils peuvent rentrer en contact avec un avocat fiscaliste de leur choix référencé sur le site. Dès le printemps 2018, MaFiscalite.com ira encore plus loin dans sa démarche d’assistance au contribuable avec un outil de déclaration en ligne donnant la possibilité au contribuable grâce à un logiciel simple et intuitif de déclarer plus facilement ses impôts et de transmettre en ligne les données directement à l’administration fiscale.

 

C : Mais qu’est-ce qu’une legaltech exactement, et en quoi votre startup en constitue-t-elle une ?

 

D : Une legaltech est une startup sur le marché du droit qui répond facilement et rapidement à un besoin de droit du client. Certaines permettent de mettre à disposition des outils pour régler son problème juridique seul ou avec un avocat après mise en relation, d’autres encore permettent d’analyser des situations juridiques ou de « prédire » le droit. Dans tous les cas, la legaltech facilite l’accès au droit. La startup MaFiscalité.com a pour objet de démocratiser l’accès au droit fiscal et répond parfaitement au besoin des contribuables en quête d’informations ou de solutions fiscales, grâce notamment à la mise à disposition d’outils et la mise en relation éclairée avec un avocat fiscaliste.

 

C : Vous avez remporté le prix Innovation juridique des avocats en 2016. Nous vous adressons toutes nos félicitations ! Peut-on vous demander ce que représente ce prix et en quoi il concrétise votre démarche ?

 

D : Je vous remercie pour vos félicitations. Le prix Innovation juridique organisé par Village de la Justice est un prix qui récompense l’innovation de la relation client-avocat. Ce fut une extraordinaire expérience de partage avec mes confrères finalistes. Le but de ce prix est de mettre en avant des cabinets qui ont réussi à renouveler au sein de leur cabinet la relation client grâce à des outils digitaux et numériques. Pour ma part, j’ai remporté ce prix suite à la mise en ligne au sein de mon cabinet d’une offre dédiée à la fiscalité des non-résidents (Etaxfrance). Il ne s’agissait pas d’une startup du droit, mais bien d’une offre novatrice au sein de mon cabinet. Ce prix concrétise ma démarche et m’a permis de pousser mon idée plus loin en créant la startup MaFiscalité.com. En effet, je reste persuadée que l’information gratuite est le renouveau de la relation client : plus on donne du droit, plus on créée du besoin de droit, plus le marché du droit tout entier en profite.

 

C : On entend souvent parler d’« ubérisation » du droit. Je me permets de vous demander votre avis sur la question : les legaltechs sont-elles une menace pour les avocats et les professionnels du droit de façon générale ? Portent-elles atteinte aux monopoles de ces professions ?

 

D : Il n’est à ce stade pas tout à fait exact de parler d’ubérisation du droit. En effet, l’ubérisation consiste à utiliser des services permettant aux professionnels et aux clients de se mettre en contact direct, de manière quasi-instantanée, grâce à l’utilisation des nouvelles technologies en s’inscrivant dans le cadre de l’économie collaborative. Ainsi, grâce à de nouveaux modes de partage, d’échange et de location permis par Internet, les particuliers peuvent collaborer entre eux et y trouver une source de rémunération.

Il serait alors plus juste de parler de disruption du marché du droit. Clayton Christensen, professeur à Harvard en donne la définition suivante : « ne sont disruptifs que les nouveaux entrants qui abordent le marché par le bas, et se servent des nouvelles technologies pour proposer des produits ou services moins chers ». C’est exactement ce que font les legal start-up aujourd’hui : elles abordent le marché du droit par le bas pour combler un manque et viennent bousculer ce marché tout entier et la profession d’avocat.

Toute innovation ou disruption n’est pourtant pas forcément destructrice. Le besoin de droit existe et les avocats doivent eux aussi utiliser les nouvelles technologies pour combler ce manque et renouer le pacte avec le public. Ces startups du droit aujourd’hui opèrent sur un marché que les avocats n’avaient de toute manière jamais investi et dans lequel il y avait un vide de droit, malgré un besoin évident des justiciables, mal compris et anticipé par les avocats. Ces acteurs ne sont donc pas des ennemis, bien au contraire, et sont aujourd’hui pour les professionnels du droit un levier et un moyen d’acquérir de nouvelles clientèles en soif de droit.

 

C : De quelle façon, selon vous, la profession d’avocat doit-elle aujourd’hui évoluer ? Les nouveaux entrants sur le marché doivent ils s’inquiéter de la « concurrence », si on peut l’appeler ainsi, des legaltechs ? La collaboration avec les legaltechs n’est-elle réservée qu’aux cabinets de grande importance ?

 

D : Selon moi, la profession doit investir ce nouveau marché du droit insufflé par les LegalTech et évoluer sur 3 points. Premièrement, les avocats doivent innover dans leur cabinet et réinventer leur manière d’aborder le client en se saisissant les outils digitaux que la transformation numérique nous permet d’acquérir. Internet, les réseaux sociaux et la visibilité que cela permet d’acquérir sont déjà les premiers outils simples pour apprendre à « donner » du droit et faire valoir sa valeur ajoutée. Deuxièmement, les avocats doivent aussi investir les LegalTech que ce soit pour collaborer avec celles-ci ou pour s’y associer. Avocats et LegalTech peuvent et doivent être complémentaires. Par ailleurs, si l’avocat veut reprendre sa place sur le marché du droit, il est impératif que celui-ci reprenne le contrôle du marché. Or, pour reprendre la main, il faut justement collaborer avec ces startups du droit en imposant nos règles déontologiques et en s’associant à des projets pour faire ensemble le droit de demain. La collaboration avec les Legaltech ne profite pas qu’aux cabinets de grande importance et bien au contraire, cela permet plus souvent à de petits cabinets d’avoir de nouvelles sources de clientèle et de revenus. Troisièmement, les avocats doivent aussi se fédérer afin de réfléchir ensemble à de nouvelles opportunités pour notre profession. C’est déjà le cas, tant au sein des incubateurs des barreaux de Paris, Marseille et Lyon, qu’au niveau du Conseil National des Barreaux avec la Commission Prospective.

 

Counselution : Nous vous remercions pour toutes vos réponses ! Un dernier mot pour nos lecteurs, et tous les futurs professionnels du droit qui nous lisent ?

 

D : PASSION !!! C’est avec passion de son métier qu’on est heureux, c’est avec passion pour le client qu’on comprend le besoin de ce dernier, c’est avec passion pour l’innovation qu’on va plus loin dans l’expérience client et dans ses rêves.

 

Interview réalisée par Guillaume Cossu, rédacteur et co-fondateur de Counselution

Suivez nous sur Twitter (@Counselution), sur Facebook, ou abonnez-vous à notre newsletter pour rester à l’affût de nos futurs articles !

 

Crédit photo

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *