[Interview] Les Wannabe entrepreneurs : l’avis d’Antoine Aubert, avocat

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Interview de Antoine Aubert par Guillaume Cossu & Morgan Donnette

 

Counselution : Bonjour Antoine, merci d’être avec nous aujourd’hui ! Pourrais-tu te présenter pour nos lecteurs qui, malgré ta présence sur Twitter, ne te connaissent pas encore ?

 

Antoine Aubert : Merci Guillaume pour ton invitation et bravo pour Counselution, tout aussi actif sur twitter ! Je suis avocat d’affaires depuis plus de 25 ans, avec une activité plus particulièrement dédiée aux startups, couvrant tous leurs besoins, à l’exception du fiscal et du social.

 

C : Que penses-tu des wannabe entrepreneurs, ces personnes qui s’intéressent fortement au monde de l’entreprenariat, mais ne se lance jamais ?

 

A : A mon sens, ce concept révèle essentiellement une absence de maturité.  Ceux qui au fond d’eux-mêmes rêvent de se lancer dans l’entrepreneuriat mais qui, de manière contradictoire, ont une aversion pour le risque. Ceux-ci retardent alors le lancement de leur projet, au risque de se faire dépasser par la concurrence, en souhaitant toujours améliorer le prototype du produit ou les services proposés avant de se lancer, pensant ainsi limiter ainsi les risques. Cette démarche n’est pas la bonne dès lors que la réalité s’éloigne bien souvent de tous les business plans qui restent principalement un outil de suivi de la progression. Il faut savoir mesurer le bon moment de ce lancement et se faire conseiller par des spécialistes qui vont l’aider à le déterminer de manière plus objective et compenser ce manque de maturité au travers des conseils issus de leur propre expérience.

 

L’absence de maturité peut également être directement lié au projet. Une idée aussi géniale soit-elle ne vaut pas grand-chose si le marché n’est pas mature pour l’accueillir. Dans un tel cas, le comportement attentiste du WE peut être alors directement lié à une phase d‘attente ou de modification du projet pour le rendre plus conforme aux perspectives du marché et espérer ainsi générer toute la traction nécessaire pour conquérir et fidéliser des clients !

 

Enfin ce comportement se trouve plus significativement dans les projets menés par une personne seule.  La phase de prise de risque sera toujours plus facile à initier au travers de l’émulation et du soutien naturel au sein d’une équipe compétente et complémentaire.

 

C : Penses-tu que les aspects juridiques de la formation d’une société peuvent être un frein à l’aboutissement de leur projet ?

 

A : Clairement pas ! L’écosystème français est très favorable à la création des startups. Que ce soit le statut d’autoentrepreneur, le cadre souple de la SAS, les espaces de coworking et les nombreux incubateurs, le statut de JEI, le CIR ou les aides financières pouvant être relativement facilement obtenues auprès de la BPI, beaucoup de solutions de facilité sont à la portée des startuppeurs.

 

Les freins existants ne sont donc pas au niveau du lancement, mais lors de l’accélération de la croissance. Le manque de souplesse du droit du travail, les modifications perpétuelles du contexte fiscal et plus généralement de l’instabilité de notre corpus législatif ainsi que les difficultés de financement au-delà d’un certain seuil, limitent les perspectives. Sur un plan strictement juridique, certaines levées de fonds peuvent conduire à délocaliser ailleurs la société (Pays-Bas par exemple) pour permettre aux fondateurs de conserver le pouvoir via la grande souplesse du droit des sociétés néerlandais au travers des droits de vote statutaires multiples.

 

C :: En quoi l’avocat est-il un partenaire privilégié des start-ups en formation ?

 

A : Tout dépend de la manière dont l’avocat entend exercer son métier ! S’il ne l’envisage que sous une forme de contrôle de tâches digitalisées et standardisées, la partie conseil sera non significative et l’avocat ne sera en rien un partenaire privilégié, mais simplement un prestataire technique (ce qui néanmoins convient à beaucoup de clients). Si en revanche, il prend sa tâche de conseil à cœur et le temps de bien comprendre tant la personnalité des fondateurs que le marché de la startup et son positionnement concurrentiel, de par son expérience, il sera souvent à même d’anticiper des risques sur des sujets qui pourront aller bien au-delà de la seule prestation juridique. En ce sens, il sera effectivement le partenaire privilégié car à même d’étendre son assistance à l’environnement global de la startup.

 

C : Pourquoi avoir créé ton propre cabinet ?

 

A : Après avoir passé plus de 25 ans dans de grands cabinets d’avocats souvent les correspondants de réseaux mondiaux d’audit et de conseil, j’ai souhaité me dédier plus complètement aux startups que j’accompagne depuis de longues années. Les coûts de structure de ces cabinets étant souvent incompatibles avec le niveau d’honoraires qu’une startup en phase de lancement est en mesure de supporter, j’ai fait ce choix de créer ma propre structure me permettant en toute liberté de conduire mon activité, d’accompagner ces startups en y consacrant tout le temps nécessaire sans contrainte de « feuille de temps » au travers de « packages » adaptés à leur situation financière et avec des valeurs humaines qui sont reflétées dans l’identité du cabinet. Le succès commun est dans la réussite de cette rencontre entre la startup et son avocat, de la confiance réciproque voire d’une forme d’amitié qui s’installe.

 

C : Merci beaucoup pour toutes ces réponses. Aurais tu un dernier mot pour ceux qui vont lire et relire cet article ?

 

A : L’entrepreneuriat est la plus belle des aventures ! Je suis toujours aussi admiratif de la capacité à innover et des idées qui germent dans l’esprit des startuppeurs. J’adore cet accompagnement au quotidien pour les conseiller et savoir par exemple les recadrer quand la persévérance positive tourne à une dangereuse obstination. Tout faire pour créer ce cocon autour d’eux pour qu’ils puissent se consacrer au développement de leur projet !

 

Antoine Aubert est avocat en droit des affaires, fondateur du cabinet COCOON, cabinet dédié aux startups et aux entrepreneurs. Particulièrement actif sur Twitter, vous pouvez le retrouver sur sur son compte https://twitter.com/CocoonAvocats.

 

Interview réalisée par Guillaume Cossu et Morgan Donnette, rédacteurs et co-fondateurs de Counselution

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