[Interview] Un double regard sur les legaltechs : l’expérience d’Antoine Gravereaux, avocat et créateur de legaltech

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Guillaume Cossu : Pourriez-vous vous présenter pour nos lecteurs, et présenter votre activité ? 

 

 

Antoine Gravereaux : Je suis avocat depuis 2007 en droit des technologies et de la protection des données à caractère personnel. Après quatre années d’exercice en cabinet, j’ai exercé mon activité pendant 5 ans et demi à la Direction Juridique du Groupe Société Générale (Holding) en qualité de responsable du pôle « Contrats & Nouvelles Technologies », avant de rejoindre, comme associé, le cabinet Staub & Associés, structure dédiée à l’IT et la Data.

 

J’interviens pour nos clients sur des projets liés à la transformation digitale (cloud computing, agilité, big data, open source, cyber-sécurité) ainsi que sur la contractualisation de projets informatiques complexes (externalisation, intégration, développement, licensing) ou encore lors de contentieux informatiques.

 

J’accompagne également nos clients dans l’analyse de leurs traitements de données personnelles ainsi que dans leurs projets de mise en conformité à la GDPR. A cette occasion, avec mon associé, nous avons créé la legaltech « Privacy on Track » et développé, en partenariat avec un éditeur de logiciel spécialiste de la cartographie de systèmes d’information, la première solution globale de mise en conformité à la GDPR.

 

 

Les legaltechs représentent elles une menace pour les professions juridiques, une réelle opportunité de s’ouvrir à de nouveaux marchés, voire un peu des deux ? Comment une cohabitation peut-elle être trouvée ?

 

 

AG : Les professionnels du droit peuvent voir ces nouvelles structures s’appuyant sur les technologies d’un mauvais œil, considérant qu’ils perdent des parts de marché. Je dirai qu’au contraire, l’évolution des techniques, au service des individus, est une formidable opportunité pour proposer une assistance juridique plus innovante.

 

Alors que le droit est souvent considéré comme une matière de spécialistes au langage parfois peu compréhensible, les legaltechs démocratisent l’accès au droit en accompagnant, en quelques clics, toute personne ayant un besoin juridique, les acteurs traditionnels du droit (juristes, avocats, notaires) comme les profanes.

 

La digitalisation permet de gagner en efficacité dans les dossiers, tant par la rapidité que par la qualité des résultats obtenus. Elle permet aussi aux professionnels du droit de se concentrer sur des tâches à haute valeur ajoutée, laissant le soin à la technique, de facilité et d’automatiser les tâches plus simples !

 

L’essor des legaltechs est d’ailleurs un moyen très fort pour les experts de la technique et du droit de se rapprocher et de mettre en commun leurs compétences.

 

C’est ce que nous avons fait avec Privacy on Track. Grace à la technique et à l’automatisation de la cartographie de données et des traitements de données personnelles, la mise en conformité à la GDPR des entreprises s’en trouve facilitée. Nous apportons ainsi un service à très forte valeur ajoutée à nos clients dans des délais très serrés.

 

C’est « la » question que tout le monde se pose, et sur laquelle tout le monde débat : peut-on réellement parler d’ubérisation du droit ?

 

AG : Nous vivons dans une société où le juridique et le réglementaire sont en pleine effervescence. On voit dans nombre de réglementations, notamment celle sur la protection des données, que les sanctions sont de plus en plus élevées. Le terme Uberisation a une connotation péjorative pour des professions règlementées. Cependant, à l’ère du consumérisme, il n’est pas étonnant que le droit fasse partie de l’équation. Chacun d’entre nous a eu besoin, à un moment ou à un autre, d’un conseil juridique fiable. Les legaltechs apportent ce soutien au moyen de réponses très standardisées. En démocratisant l’accès au droit, les legaltechs peuvent d’une certaine manière alimenter un besoin simple, à faible valeur ajoutée ; première étape vers la création d’un lien à forte valeur ajoutée qui sera mis en œuvre, dans un second temps, par le professionnel du droit.

 

Quelles sont, selon vous, les futures « disruptions », les nouvelles technologies dans lesquelles les legaltechs et les professions juridiques vont devoir investir ? 

 

 

AG : Les professionnels du droit, dont les avocats, doivent déjà adopter une attitude disruptive dans l’exercice de leur profession en s’adaptant aux technologies, afin de répondre aux besoins des entreprises de manière rapide et efficace.

La prédictibilité des solutions juridiques au moyen de l’intelligence artificielle est selon moi l’avenir des directions juridiques.

En effet, face aux exigences des clients, souhaitant disposer d’un conseil rapide, efficace et sûr, les professionnels du droit vont devoir se tourner vers des technologies permettant d’apporter des solutions destinées à s’assurer contre un risque. Des solutions informatiques permettent déjà de donner ce type de solutions, en se fondant sur une analyse automatisée des précédents de l’entreprise, des règlementations et des décisions de justice.

 

Comment imaginez-vous l’environnement juridique des 10 prochaines années ?

 

AG : J’imagine que de nombreuses activités traditionnelles du droit auront disparues ou fortement évoluées. Cette transformation a déjà commencé chez les tiers de confiance avec le développement de la blockchain.

 

L’accès aux données, facilité par des solutions permettant le traitement de manière intelligible des informations, va se poursuivre avec le développement parallèle d’expertises toujours plus poussées pour répondre aux sollicitations des clients.

 

Concernant l’activité quotidienne du « juriste », je vois de très fortes mutations liées au développement d’activités mêlant le juridique à d’autres disciplines (IT, achat, conformité, projet, etc.). Sans doute, l’avenir du juriste va résider dans sa capacité à s’adapter en multipliant ses compétences et en nouant des partenariats, comme le cabinet Staub & Associés l’a fait avec Aspera sur la gestion des licences logiciels, pour adresser certaines problématiques globalement. Nous verrons sans doute une multiplication de juristes « multi-casquettes » capable de formuler des préconisations juridiques à partir de données issues des legaltechs.

 

 

Propos recueillis par Guillaume COSSU

Interview publié initialement en partie sur le site 1001 startups.

 

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